Le Mistral, la banane et la raclette

Si vous pensez que la voile est un sport de gentlemen en pull marine, c’est que vous n’avez jamais signé pour être N°1 sous les ordres de Christian à la barre de La Mobilière: ce vendredi 3 avril, ouverture des régates de la SNIM, par un mistral de NW de 20-25 nœuds établis, le départ est donné, des bons creux, de la mer quoi ! Et Marseille, en arrière-plan, majestueuse, impassible.

En tant que N°1, ma mission est simple: rester accroché au balcon, un peu comme une moule à son rocher, se prendre des seaux d’eau salée dans la figure, et ne pas se faire assommer par le tangon dans les empannages, alors que le reste de l’équipage hurle à l’arrière.

Première régate, on est plutôt bien ! Dernière descente avant de passer la ligne, dernier envoi de spi, et là, c’est le drame! Un magnifique «bananier» : le spi s’enroule autour de l’étai comme un serpent; on essaie tout, ça gueule, ça tangue, mais avec 25 nœuds, la «banane» devient un nœud gordien et le bateau, non manœuvrant, se met dangereusement à dériver vers la côte rocheuse. Trop de mer pour tenter de faire quoi que ce soit sur l’eau, décision est prise: on rentre au port avec notre trophée de nylon bloqué là-haut.

C’est un peu la honte d’arriver, seuls, dans le Vieux Port avec les restes du spi en tête de mât, faseyant au vent, qui prennent des allures d’oriflammes ; on ne passe pas inaperçu. On baisse la tête sous nos casquettes. S’ensuit une séance d’acrobatie forcée pour monter au mât et découper les restes du spi, et c’est Galia qui s’y colle de l’équipage de Le Vert, «la plus légère», ce qui m’arrange bien.. 😉

Journée terminée : on se remonte le moral en se claquant une magnifique bouillabaisse chez Michel. J’aime à croire que le meilleur moment dans la voile, c’est l’apéro au port.

Après les émotions de la veille, La Mobilière décide d’arrêter de péter des spis: le Mistral s’est calmé, ça aide, laissant place à un plan d’eau toujours technique, mais plus coopératif, et ça me va d’autant de ne pas être trempé dès la sortie du port. On navigue propre, on navigue régulier. On finit nos manches autour de la 5ème place. Bonne ambiance à bord: ça envoie, ça affale, ça empanne sans un nœud et ça gueule moins. On remonte au classement, même si ça n’a plus vraiment d’importance; Christian le dit, «on navigue pour le plaisir ! », c’est beau.

Samedi soir, me reste une image : 80 marins affamés, en file indienne, se ruant sur du fromage fondu, et Flash, bonnets et lunettes de ski sur la tête, à la manœuvre pour racler des centaines de raclettes (courageux !). Les Marseillais adorent, ils en parlent, l’un d’eux me confie «qu’ils font très forts» et que l’année prochaine « faudra qu’ils reviennent avec des Rolex!».

Merci à toutes et tous pour ce magnifique week-end prolongé, et notamment au comité de course qui a été impeccable et à la magnifique organisation de Jenifer qui nous a tous embarqués dans cette aventure.

Vincent Stohler, La Mobilière