Nous sommes comme toujours bien motivés et préparés avant de nous aligner au Bol d’Or.
L’équipage est au complet avec Yan, Denis, Nico, Mark, Dionys et moi. Pour Dionys il s’agit de son premier Bol d’Or et il a de la chance, la météo annonce un peu de vent d’ouest pour la journée et des températures raisonnables. Pas de pluie ni orages au programme.
Photo © Loris von Siebenthal
Bol d’Or, 6 et 7 juin 2026
La première phase de la journée consiste en la préparation du bateau. On vide au maximum ce qui n’est pas obligatoire ou nécessaire, on range dans l’ordre d’utilisation supposé, on centre les poids, on carène et on affine la stratégie.
Nous sortons sur l’eau pas trop tard pour cliquer les bouées et analyser au mieux le plan d’eau. Nous nous décidons finalement pour un départ côte suisse. A notre grande surprise (sans jeu de mot) il n’y a pas beaucoup de monde de ce côté. En effet selon notre réflexion, le vent va arriver avant et un peu plus fort de ce côté. Effectivement les premières bouffées arrivent quelques minutes avant le départ.
Nous partons tribord amure au largue à ras la bouée et nous glissons très bien les premières minutes. Puis le vent tombe et revient plutôt au près. Les bateaux qui sont côte française sont plus rapides. Un petit doute s’installe, rapidement dissipé par le retour du vent d’ouest. Nous optons pour notre spi moyen pour rester polyvalent. Nous avons effectivement plus de vent que la majorité de la flotte et nous décidons de viser Yvoire directement.
Progressivement le vent adonne et cela nous pousse tranquillement le long de la côte française. Pour nous c’est très bien, nous avons fermé la porte et encaissé le gain. Tous les autres Grands Surprises sont derrière. Le vent se fait progressivement plus fort et régulier.
Peu avant Yvoire nous passons au grand symétrique et nous glissons plein vent arrière jusqu’à l’approche de ripaille à 7 nœuds environ. Tout va bien, cette phase de la course demande peu d’effort intellectuel. Devant nous les bateaux ralentissent et forment une ligne qui s’étale sur le lac entre ripaille et Morges environ. Nous essayons de viser le lieu où le vent va le plus loin, sans faire trop de chemin. Les bateaux les plus avancés sont passé dans une Vaudaire capricieuse. Nous savons que nous devrons négocier la transition avec finesse.
Effectivement le vent tombe et les bouffées de Vaudaires arrivent de manière très instable. Nous sommes très actifs et dynamiques pour exploiter au mieux la situation. En 1h on vire environ 20 fois avant que la Vaudaire devienne plus consistante. Nous avons assez bien passé et on retrouve une bonne avance sur les autres GS. La Vaudaire nous emmène pendant 3 h au près presque à fond jusqu’à la hauteur de Meillerie. J’en profite pour aller me reposer un peu. En effet un Bol c’est long, et celui-ci est loin d’être fini. Nous nous relayons régulièrement à la barre et aux réglages pendant toute la course pour toujours être au maximum du bateau.
À la hauteur de St-Gingolph le vent tombe. Les très gros bateaux ne sont pas encore de retour. Ils ont dû patienter un sacré moment dans le coin! Nous sommes entourés de très grosses machines qui sont restées plantées dans le secteur. Nous ne négocions pas trop mal le dernier kilomètre jusqu’à la barge, mais nos poursuivants bénéficient d’une meilleure direction et reviennent sur nous.
Nous partons sous spi avec une ligne assez directe en direction de Meillerie, mais derrière nous ils ont plus de vent et ils nous font le grand tour en direction de la Suisse. Nous limitons les dégâts en ressortant un peu plus au large.
À la tombée de la nuit, nous sommes devant mais l’écart est plus faible. Nous touchons à nouveau du vent d’ouest assez instable qui nous emmène au près jusqu’à Hermance environ. Il est 3h du matin et le vent est complètement mort. Nous nous battons dans chaque risée pour glisser jusqu’à Genève. Les autres GS ne sont pas si loin en distance, mais avec si peu de vent ils finiront avec 2h30 de retard environ.
Belle victoire, car nous avons mené la flotte des GS de bout en bout. Cette situation peut paraître confortable, mais ce n’est pas le cas. Il faut rester calme, accepter les mauvaises phases et surtout rester concentrés.
Retour au port pour quelques boissons fraîches et déjà nous partons amener le bateau à Versoix pour le Critérium de la semaine prochaine.
Bernard Borter pour Little Nemo 2
