Little Nemo 2 revient de loin

  • Bol d'Or 2022, photo Little Nemo 2

Bol d’or 2022, 11 et 12 juin 2022

Une semaine après le Genève-Rolle, on reprend les mêmes et on recommence. Mais cette fois pour le grand tour. On va donc ajouter une partie du lac que j’aime beaucoup : le haut-lac.
Notre préparation est classique, on vient à l’inscription le jeudi pour être bien tranquille vendredi soir, on essaye de rendre le bateau confortable pour pouvoir reposer les équipiers et les barreurs pendant la course. Un dernier petit carénage le samedi matin avant le départ et on se concentre sur la stratégie et donc sur le choix de la ligne.

Personnellement, je ne comprends pas le choix de l’organisateur de ne plus attribuer de secteur de ligne. C’est à la fois dangereux et absurde. Dangereux car on se retrouve avec des bateaux allant de 6.5 à 14.20 m qui ne se manœuvrent pas vraiment avec la même vivacité. On assiste alors à des scènes surréalistes où un J70 lofe à 4 minutes un Psaros 33, qui biensûr, refuse de lofer – ou encore un autre Psaros 33 qui à 2min du départ, est bâbord et ne trouve plus le moindre trou pour virer en tribord. Absurde ensuite, car cela dilue tout l’intérêt de la course. Tous les bateaux d’une même classe sont dispersés et on passe son temps à regarder sur le tracking où ils se trouvent sur le plan d’eau. Et finalement dans toutes les classes, ce sont à peu près les mêmes qui sont aux avant-postes. J’ai envie de dire: tout ça pour ça. Bon on n’est pas non plus à une Genferei près, à la SNG. Passons.

Nous choisissons de garder la gauche au départ. Nous voulons monter jusqu’au Creux-de-Genthod, puis traverser si possible, dans une bonne ligne direction la pointe à la bise. Nous sommes fort bien accompagnés de ce côté. Il y a Alinghi, Real team, Raffica et beaucoup d’autres bateaux réputés pour leurs performances. Certainement que leur analyse météo devait être proche de la nôtre. Donc nous partons dessous et plutôt bien. On fait rapidement un bel écart sur la plupart des GS. Il y a avec nous Withuby. Nous insistons un peu trop et le Séchard ne descend pas sur la gauche du lac. Nos adversaires qui ont viré avant, touchent le vent bien avant nous et creusent un écart conséquent. Lorsque nous partons enfin dans un petit Séchard et que nous nous replaçons sur la côte française, nous estimons notre retard sur les premiers GS (Flash, Les Boucaniers, Elpénor, Blue note 2, … ) à 4 km environ. Il va falloir se battre.

Le long de la côte française, le vent est très bon. Nous sommes à fond au près et naviguons au contact d’Apsara, Morpho, Withuby et Mea Huna – cela fait d’ailleurs très plaisir de revoir Mea en course! Arrivés à la hauteur d’Yvoire, c’est l’heure des grandes décisions stratégiques. Le vent du moment ne correspond absolument pas au modèle météo. On va donc se concentrer sur nos observations et sur notre intuition. Le vent vient de Thonon environ. Une sorte de rebat qui traverse le lac. J’ai rarement vu ça. Vu notre mauvaise position, nous décidons de placer une attaque à longue distance. On décide donc de plonger direction Lausanne sous spi asymétrique (tribord amure). Tous les bateaux devant nous choisissent une route plus directe au génois. Derrière nous Io team et Morpho plongent avec nous. Le vent est très bon, nous glissons en permanence entre 5.5 et 7.5 nœuds. Le vent est plus fort dessous et nous faisons la grande cuillère sous toute la flotte des GS. C’est beau, presque inespéré. Une attaque de cette distance qui passe, c’est tellement rare. Donc on passe en tête des GS au Bouveret, devant Flash et Mea Huna.

Nous repartons au près bâbord, parallèlement à la côte française. On sent bien que ça ne va pas durer. La bise devrait pointer son nez vers la tombée du jour. Malheureusement, le haut lac n’est en général pas l’endroit où elle se pose avec le plus de facilité. Il va falloir bien négocier la transition. Nous décidons de nous placer un peu plus au large que nos adversaires proches (Mea Huna et Flash). Ils ont tendance à revenir un peu, mais il se font un peu aspirer par ce vent qui vient de la France. Nous ne croyons absolument pas à ce vent. Ça sent le trou à plein nez devant Evian. Nous investissons donc en repartant au large et nous touchons les premières bouffées de bise. Cela se joue parfois à quelques mètres près. Nous montons en escalier. Dès que la bise semble tenir un peu, nous virons pour faire de la route vers Yvoire. Quand elle molli, on repart au large. Cette manière de procéder fonctionne très bien, nous touchons la bise bien marquée parmi les premiers. Nous pouvons alors écraser toute la flotte plantée devant Evian. C’est toujours jubilatoire comme moment !

Rapidement nous pouvons monter le spi asymétrique et nous glissons à 7 nœuds en ligne droite vers Yvoire. Autour de nous, il n’y a que de gros bateaux rapides. C’est bon signe. A l’approche d’Yvoire le vent devient plus instable et finit par mourir complétement. La descente du petit lac s’annonce lente et compliquée. De plus, on sent nos adversaires revenir sur nos talons. Flash en particulier, qui ne veut décidément rien lâcher (et il a bien raison). Nous essayons de rester entre lui et l’arrivée, et de profiter de chaque risée. Pour descendre le petit lac, nous avons navigué essentiellement en bâbord amure au près avec en vent qui descend de la côte française. Notre vitesse est de 4 nœuds environ.

Arrivés à la hauteur de la pointe à la bise le vent tombe et le jour se lève. Nous constatons alors que Flash est assez près de nous. Légèrement plus côte suisse avec un vent qui vient de suisse. Nous décidons donc de nous replacer plus côte suisse. Comme le vent vient de derrière il a l‘avantage de bénéficier du nouveau vent en premier. Nous contrôlons de manière serrée et cela nous suffit pour passer la ligne en tête. Flash suit quelques minutes après et c’est Morpho qui revient de loin, qui prend une belle 3ème place.

Ce fut un bol d’or étrange, avec des conditions rares, mais vraiment sympa. Nous avons finalement souvent eu du vent ce qui n’était pas forcément prévu. La météo estivale et la lune superbe durant la nuit ont encore contribué à notre plaisir. Un grand bravo à tous l’équipage qui a gardé la tête froide malgré un début de course raté.

Je ramène directement le bateau avec Nico. On échange entre la barre et le dodo. On arrive sans souci jusqu’à Lausanne. Quelques heures plus tard retour à la SNG pour la remise des prix. Mauvaise surprise, le comité d’organisation a oublié de faire le classement GS et en plus il nous a retiré du classement TCF2, donc nous avons été totalement oubliés. Je me rends compte de la situation et j’en parle à René Grept qui sauve in extremis la situation. Ils improvisent la remise des prix mais sans prix pour les GS. Parfois je me demande ce qu’ils font avec tous ces bénévoles et tous ces sponsors à la SNG. Quelle nonchalance dans l’organisation !

Bravo à tous les GS qui ont participé. On se retrouve à Founex pour un championnat de série qui s’annonce très bien.

Borter Bernard pour Little Nemo 2