Bol d’or 2021

  • Carolive Too au Bol d'Or 2021
  • Carolive Too au Bol d'Or 2021

12 et 13 juin 2021

Après le Bol d’or dantesque vécu en 2019 sur le D35 Cabestan en compagnie de Christian Wahl et celui annulé en 2020 ; mon frère Guillaume et moi-même avions envie de faire le Bol d’Or tranquillement avec des copains. Pour ce faire, nous avons réquisitionné Carolive too de nos parents, qui ne s’est plus aligné en régate depuis environ une dizaine d’années. A nous de faire aussi bien que l’équipe de l’époque qui avait gagné la GRG en 2008, et avait fini la même année troisième de la catégorie au Bol d’or après un passage en tête au Bouveret.

Nous passons un week-end à caréner le bateau et à changer quelques bouts. A bord, nous mélangeons un peu tous les niveaux avec Marie Soler et Aude Compan, deux talentueuses navigatrices ayant réalisées des préparations Olympique pour la France, ainsi que deux amis un peu moins expérimenté Adrien Ninin et Andréas Roggo, qui n’avaient encore jamais participé à une régate.

Le départ sera cependant catastrophique et il faudra travailler dur pour se dégager des dévents et aller chercher les premières risées de Séchard. De concert avec Guillaume, on commence à multiplier les coups tactiques pour remonter sur le peloton. Avec ces quelques années, le bateau glisse toujours bien et nous arrivons à recoller à la tête de la course après la sortie du petit-lac. L’objectif étant maintenant de dépasser Blue Moon et Meha Huna qui sont encore bien devant nous. Nous allons chercher le Morget qui s’établit enfin et nous pousse en direction du Bouveret. Nous réussissons à passer la barge deuxième en embuscade derrière Meha Huna.

Pour le retour, on savait que la bise ou le Morget (on ne s’est toujours pas mis d’accord sur quel vent c’était finalement) nous attendait dans le grand lac. En longeant, la côte Suisse, on réalise assez vite qu’il ne faut pas se rapprocher trop de la côte. En effet, le vent y devenait trop instable avec de grosses zones de mole à certain moment. On regarde un coup le tracker pour réaliser qu’il y a du vent en milieu de lac avec les jolies vitesses des bateaux remontant au près. Après une petite concertation de l’équipe, on décide d’envoyer le grand spi. Au final, l’option sera décisive et nous permettra de nous envoler des autres Grands Surprises. On lâche les chevaux et le bateau déboule à plus de 8 nœuds au largue serré jusqu’à Yvoire. En entrant dans le petit lac, tout l’équipage avait la banane, après que tout le monde se soit relayé à la barre.

Cette bise (ou Morget) nous poussera encore gentiment jusqu’à Hermance avant de prendre congé de nous et de nous laisser observer le lever de soleil dans le calme le plus total. Nous savons que le plus dur reste à faire et que c’est dans les derniers kilomètres qu’un bol d’or se joue. Nous regardons avec anxiété derrière nous craignant que la bise ne ramène la masse de bateaux à notre hauteur. Tout le monde est fatigué mais il faut rester lucide pour ne pas s’égarer dans un trou sans vent. Nous sautons de pouf d’air en pouf d’air en mode opportuniste pour se rapprocher le plus possible du but. Nous saisissons des souffles de Molaine ou de Bisotton et même du vent venant de la rade. Nos deux équipières ayant l’habitude de ne naviguer qu’avec au minimum 10 nœuds de vent ne comprennent plus rien à ce qui se passe autour de nous, nous leur apprenons que la patience est la mère des vertus pour un marin lémanique. Finalement, nous touchons un souffle de vent au large du Creux de Genthod qui nous permet d’hisser le spi asymétrique qui nous mènera jusqu’à la ligne d’arrivée que nous franchirons à 7h le dimanche.

Un beau Bol d’Or partagé entre amis où on a profité de faire barrer tout le monde. L’équipage rentre à la maison avec de belles images des paysages du haut lac, du coucher et du lever de soleil et des étoiles filantes à profusion.

Fabrice Rigot