Bol d’or 2019 Little Nemo 2 gagne dans la tempête.

  • Bol d'Or Mirabaud 2019 © Loris Von Siebenthal
  • Bol d'Or Mirabaud 2019 © Loris Von Siebenthal

15 et 16 juin 2019. Photos © Loris Von Siebenthal

Sur la ligne de départ tous les concurrents sont avertis. Vers 17h00 un puissant front d’orage va traverser la course. Je crois que tout le monde y pense déjà au moment où un très léger vent d’ouest nous pousse en direction de la pointe à la bise. Notre équipage est motivé comme jamais après notre mauvais Genève-Rolle-Genève. Le bateau est parfaitement prêt et nous voulons en découdre.

 Au départ, nous sommes complétement coincé dans la masse et négocions fort mal ce début de course. Après 2 heures de régates nous avons beaucoup de retard sur les premiers GS. Il s’agit de Cap Horn, Morpho et  Passetougrain qui sont plus rapides au niveau d’Hermance. Le vent est meilleur côte suisse, mais nous n’arrivons pas à l’atteindre. On voit donc les adversaires défiler sous nous.  Arrivé au niveau de Messery, il y a une transition avec de la vaudaire. Nous sommes donc à fond, tous au rappel au près. Nous devons absolument crocher le wagon de devant pour rester dans la course. Nous passons au plus près d’Yvoire  pour faire le moins de route possible. Nous sommes maintenant babord amure au près en direction de Thonon.  Derrière nous il y a Thirsy three à 100 m environ.  Je vais me coucher car il va falloir être frais cette nuit. Je dors de 13h à 15h environ. Nous échangeons très régulièrement la barre entre Yan et moi pour rester très dynamique dans nos décisions. Lorsque je me réveille, nous sommes au niveau de la pointe de Ripaille. Nous voyons Pump it up juste devant. C’est une bonne nouvelle, ils étaient très loin devant. En sortant de la cabine je constate que le ciel est noir derrière nous sur les alpes. Les couleurs sont impressionnantes et annoncent certainement des conditions musclées.

Nous touchons les premiers appels  vers 17h00 au large d’Evian. Nous sommes sous asymétrique tribord amure. Rapidement Olivier qui est le plus sage du bord (et aussi le plus vieux…) nous encourage à descendre le spi. Ce que nous faisons dans l’enchaînement. Le vent monte mais tout va bien pour le moment. On hésite à descendre le génois, mais on se dit que ça va le faire avec  le génois vu qu’on est vent arrière.  Lorsque les premières rafales nous touchent on doit lâcher le génois en drapeau mais tout va bien on plane à 15 nœuds. Quelques instant après, une rafale sublime nous touche, le bateau s’enfonce littéralement dans l’eau. (J’ai l’impression que toute la coque est sous l’eau). Il devient  très ardent et nous partons au lof. Nous sommes maintenant couché à plat sur l’eau. Les embruns  volent  et le lac est blanc. Le bruit est hallucinant. Mark et Nico foncent à l’étrave (en marchant sur la coque…) pour descendre le génois. Après quelques minutes d’effort intense  ils arrivent à l’attacher sur le pont. Je les regarde faire tout en étant suspendu au balcon arrière.  Sans génois je parviens à abattre et le bateau part au planning GV haute direction le Bouveret.  La visibilité est nulle, l’électronique ne fonctionne plus. Je navigue donc à l’estime pour viser le Bouveret.  Après quelques minutes nous croisons Morpho, malheureusement sans mât. Je n’ai pas eu de contact avec  Jean-Marie, mais j’espère que tout va bien pour eux. Il n’est de loin pas le seul en difficulté, nous croisons nombres de bateaux sans mât ou à l’envers. Nous sommes presque aveuglé tellement le nombre de fusées de détresse est important.  Ce qui est sûr c’est que nous sommes un des seuls bateaux à naviguer à fond dans notre périmètre. Nous filons entre 14 et 16 nœuds dans des vagues énormes. Personnellement je crois que c’est le vent le plus fort dans lequel j’ai navigué.  Le ciel se dégage et nous voyons la bouée d’entrée du Bouveret. Passetougrain (qui porte très bien son nom) est quelques mètres devant et mène la course des grands surprises.  Le vent molli et passe de face lorsque nous arrivons à la bouée d’entrée. Nous sommes au près jusqu’ à la barge. Nous avons énormément de chance car nous repartons directement sous spi  asymétrique direction Genève. Nous n’avons pas du naviguer au près  une seule minute dans la baston !

L’équipage de Morpho était constitué d’Antoine Petit, Cedric Thomi, David Joray, Domenico Amato, Thierry Brendle et Jean-Marie Mechalany. Crédit vidéo © Domenico Amato

On sent que toute la flotte s’est faite secouée, tout le monde hésite à naviguer avec de l’attaque. Les équipages sont patients avant de remettre de la toile. Tout le monde doit se remettre de ce que l’on vient de subir.

Devant Meillerie nous passons au spi symétrique. La vaudaire est bien établie et nous filons à 8 nœuds direction Yvoire. Le vent molli au niveau d’Evian et c’est une nouvelle course qui commence. Nous sommes en tête avec une petite avance sur Passetougrain.  Je retourne me coucher vers 22h. Lorsque je ressors du bateau (minuit) nous avons du vent qui vient de la baie d’Excenvex. Nous sommes donc babord amure en direction d’yvoire.  Yan va se coucher et le vent tombe. Il y a de petites bouffées qui viennent du jura. Nous passons la ponte d’yvoire en tribord amure.  Le vent adonne et nous passons au spi asymétrique. Il est 2h30, je retourne me coucher. Il y a des bateaux plus rapides que nous à la côte suisse. Nous essayons donc de lofer pour nous en approcher. Passetougrain fait partie de ces bateaux. Il faut limiter l’écart avec lui pour espérer gagner ce bol d’or.

Vers 4h00 je me réveille, Passtougrain est côte suisse et glisse un peu mieux que nous. Au lever du soleil nous sommes à 10 mèttres de passetougrain au niveau de Versoix. Ils ont vraiment bien marché cette nuit.  Nous sommes décalés sous lui côte française. Le vent tombe est revient de face. Notre transition au génois est meilleure que la sienne et nous prenons quelques mètres d’avance. Cette avance nous permet de le contrôler de manière très sérieuse jusqu’à l’arrivé.

Nous coupons la ligne à 5h40 environ avec un coup de canon libérateur. Quelle course incroyable nous somme 38ème au scratch, c’est un résultat magnifique. Ces conditions ont créé une véritable sélection naturelle. Le grand surprise est un bateau vraiment solide qui reste très sûr et efficace quand les conditions sont extrêmes.

Bravo à tous les équipages qui ont terminé cette édition exceptionnelle, félicitation à Passetougrain qui nous a mis beaucoup de pression et aurait autant mérité que nous cette victoire.

Un immense remerciement à la SNG pour l’organisation de la course et de la sécurité sur l’eau. Ils ont certainement eu beaucoup de travail. J’imagine également le niveau de stess des responsables de la sécurité…

Je constate que tout le monde est bien rentré, bien sûr il y a des dégâts matériels, mais cela démontre le bon niveau des navigateurs et des bateaux engagés.

On se retrouve en septembre pour la suite du championnat Grand Surprise.

Borter Bernard pour Little Nemo 2