Little Nemo 2 l’emporte dans la bise !

  • Bol d'Or Mirabaud 2017
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Bol d’or 2017, 17 & 18 juin 2017

Cela fait plusieurs jours que les météorologues annoncent une bise soutenu en vue du 79ème bol d’or. Comme toujours dans ces cas là on se refait la course de dizaines de fois dans la tête avant le départ. Bien partir, sortir du petit lac à Yvoire, virer en direction du Bouveret mais surtout ne pas sortir de la bise en étant trop côte Française. Ensuite il faudra bien négocier le Bouveret et finir à fond dans la forte bise annoncée en fin de journée.

Nous choisissons de mettre le foc, comme la plupart de nos adversaires sauf Mea Huna qui navigue au génois. Nous partons avec un esprit assez conservateur. On sait que cela va être usant et qu’il faudra rester vigilant jusqu’au bout de la course. Dans ces conditions une erreur de manœuvre peut rapidement mal tourner.
Nous partons bien mais on tricote un peu à l’envers jusqu’à Anières. Puis on revient sur les bateaux de devant (Mea Huna, Passetougrain, Sibuya), cependant Apsara domine les débats et mène largement.
La course se déroule comme dans ma tête jusque vers Evian. La bise molli dessous. On décide donc de garder de la hauteur (côte Suisse). Mea Huna est juste derrière à quelques longueurs. Cela fait plus de deux heures qu’il est quelques mètres derrière nous. il nous met une grosse pression avec son génois dans ce vent mollissant. On résiste plutôt bien avec le nouvel inter. Puis au large de St-Gingolph le vent mollit vraiment et tourne énormément. Cela devient imprévisible. Nous sommes dans un mouchoir avec Apsara et Mea Huna. Nous insistons côte Suisse mais c’est le mauvais choix. Le vent revient (fort) le long de la côte française et Apsara creuse à nouveau l’écart. Mea Huna nous passe et ainsi que Sibuya dans cette mauvaise phase pour nous.
On passe donc au Bouveret en 4ème position à 16h26.

Comme nous sommes persévérant on décide de virer tout de suite pour garder (à nouveau) la côte Suisse. Cela fonctionne très bien, on ressort sous Mea et Sibuya au près babord amure direction de Lausanne. Une nouvelle transition avec la bise qui descend du Lavaux doit se négocier. Nous passons très bien la transition et on creuse un peu sur Mea Huna. Sibuya est 10 mètres derrière. Les risées sont supers fortes et nous décidons de jouer la route directe sur Yvoire.
Nos deux adversaires du moment décident de lofer plus. Nous choisissons le petit symétrique. Mea Huna et Sibuya l’asymétrique. Ils vont plus vite mais nous faisons un moins de chemin. Au niveau de Thonon nous passons les trois au grand symétrique. A l’approche d’Yvoire le vent monte encore et cela devient très chaud pour passer la pointe. Nous partons deux fois au lof à peine vitesse.
Les trois bateaux sont pratiquement alignés à l’entrée du petit lac la vitesse est de 14 nœuds environ. Ça va être tendu jusqu’à l’arrivée ! A ce moment de la course je suis persuadé qu’Apsara est loin devant et que nous luttons pour la deuxième place, mais une bonne nouvelle se situe 200 mètres devant : Apsara sous spy asymétrique.
Et avec une telle force de vent le symétrique est nettement plus efficace. A notre grande surprise (arf!) ils ne changent pas de spi et nous laissent littéralement la victoire.
A la pointe à la bise Sibuya part au lof et ne reviendra plus. Mea Huna nous met une énorme pression en lofant. Nous sommes absolument à fond, tous suspendu dans le patara. Le bateau plane entre 14 et 16 neuds sur le fil du rasoir.
Peu avant la ligne Mea Huna en forçant vers le bas fait un départ à l’abatée d’anthologie. Le mât touche l’eau ! Pour mettre le mât d’un GS dans l’eau il faut des conditions exceptionnelles.
Cette erreur nous permet d’assurer et de passer la ligne tranquillement à la GV.

Finalement la course s’est déroulée comme dans ma tête !

Quelle régate superbe. Les équipiers sont carbonisés. Mais que la victoire est douce, amarré au quai d’honneur une bière à la main !
Le lendemain, lors de la remise des prix j’apprends qu’Apsara a perdu beaucoup de temps et d’influx dans un départ à l’abatée au niveau d’Yvoire. Plusieurs équipiers se sont récupérés de justesse pour ne pas finir à la nage. Cette manœuvre les a refroidi et ils ont choisi de continuer sous asymétrique.

Notre approche conservatrice qui nous a évité de faire une grosse erreur a fini par payer.

Lors de cette même remise des prix j’apprends que Sibuya c’est sportivement retiré du classement pour avoir maladroitement réparé (trop tardivement) après un refus de tribord sur le Bachi-bouzouk de Bernard Schopfer. Le bateau étant par ailleurs sérieusement endommagé. Je précise également que Bernard n’était pas à bord car il avait prêté son bateau à un équipage italien invité du Bol d’or. C’est décidément la poisse.

Bravo à tous ceux qui ont terminé ce bol exceptionnel. Merci à la SNG pour cette superbe organisation et merci à tous nos adversaires qui rendent la course tellement belle.

Bernard Borter pour Little Nemo 2